Depuis les années 1980, les acteurs locaux lisboètes façonnent un centre ancien qu'ils présentent comme la vitrine et l'image de marque de Lisbonne à l'échelle européenne et mondiale. Comme pour beaucoup de villes, il s'agit d'attirer les flux de capitaux et de touristes. Dans cette compétition, les territoires se transforment progressivement pris entre les injonctions et les normes internationales d'une part ; les caractéristiques particulières et les résistances locales d'autres part. Le centre ancien de la ville offre un bon terrain d'étude dans la mesure où les acteurs semblent assumer les règles du jeu et tentent - y compris en période de crise économique mondiale - d'innover en matière d'action, d'outils et de méthodes. 

 

La question patrimoniale est au coeur de l'action publique et permet de comprendre les interactions entre les acteurs locaux, et mesurer les effets sur le territoire. Négociations, arrangements, débats, conflits..., le centre ancien de Lisbonne se transforme en permanence en combinant les intérêts, les enjeux et les échelles. Quatre quartiers décrits comme "typiques" par certains chercheurs et membres d'associations ont été particulièrement étudiés : l'Alfama (au sud de la colline du château S. Jorge), le Bairro Alto (sur la colline occidentale), la Baixa-Chiado (au coeur du centre ancien, entre les collines) et la Mouraria (au nord de la colline du château S. Jorge). Quelques chercheurs ont étendu leur réflexion à la partie ouvrière de la ville, bien que cette partie ne soit pas incluse dans le zonage municipal : Alcantara. Plus généralement, la mémoire ouvrière est exclue de la zone historique municipale, bien que les élus considèrent de plus en plus leurs interventions sur le territoire comme patrimoniales (outils, méthode, mises en récits, discours publics...).

 

L'intérêt pour la Mouraria est multiple : ce quartier est pauvre en patrimoine historique monumental, une grande partie du patrimoine résidentiel est la propriété municipale (situation exceptionnelle à Lisbonne), il constitue une plateforme qui articule plusieurs échelles urbaines (entrée/sortie dans la ville, passage vers le château, distribution des flux...) Par ailleurs, les résidents ont longtemps résisté aux différentes politiques publiques contribuant à laisser dans la mémoire collective l'image d'un quartier marginal, voué à la délinquance, à la prostitution, à la pauvreté et aux trafics illicites. Or ces résidents semblent aujourd'hui envisager des partenariat avec la municipalité.

 

Ce site a pour vocation de présenter et promouvoir les travaux effectués autour de ces problématiques et de ce quartier. 

Jacques Galhardo 

CITERES-CoST - UMR 7324 

Université François Rabelais de Tours